Le plafond d’émissions de gaz à effet de serre imposé par la RE2020 (indicateur Ic énergie) élimine de facto les chaudières gaz des constructions neuves. En maison individuelle, c’est effectif depuis le 1er janvier 2022. En logement collectif, l’interdiction s’applique depuis le 1er janvier 2025. Cette exclusion ne résulte pas d’une interdiction nominative du gaz, mais d’un seuil d’émissions que le gaz ne permet tout simplement pas de respecter.
Pourquoi le gaz ne passe plus le calcul RE2020
Le facteur d’émission du gaz naturel est de 227 g CO₂/kWh (PCI). Même couplé à une enveloppe très performante et à une chaudière à condensation à haut rendement, un chauffage gaz en maison individuelle génère sur 50 ans un cumul d’émissions qui dépasse le plafond Ic énergie fixé par la RE2020 (4 kgCO₂/m²/an en 2022 pour les maisons). Le calcul est mathématique et sans échappatoire : aucune optimisation de l’enveloppe ne compense le facteur d’émission du combustible lui-même.
Le biogaz (biométhane injecté en réseau) a un facteur d’émission théoriquement plus faible, mais le cadre de calcul RE2020 retient le facteur d’émission du réseau de gaz dans son ensemble, pas celui d’un contrat d’approvisionnement spécifique. Le biogaz ne constitue donc pas, en l’état actuel des textes, une solution pour rendre le gaz conforme RE2020.
Les systèmes de chauffage conformes RE2020
La pompe à chaleur (PAC) air-eau ou géothermique
La pompe à chaleur est devenue le système de référence en construction neuve RE2020. Son COP (coefficient de performance) de 3 à 5 signifie qu’elle produit 3 à 5 kWh de chaleur pour 1 kWh d’électricité consommé. Combiné au facteur d’émission de l’électricité française (environ 60 g CO₂/kWh), cela permet de respecter largement les plafonds Ic énergie.
La PAC air-eau alimente un réseau hydraulique (plancher chauffant, radiateurs basse température). L’installation doit respecter les règles du DTU 65.10 pour les fluides frigorigènes et celles du DTU 65.11 pour le plancher chauffant si ce type d’émetteur est retenu. La PAC géothermique (eau-eau ou sol-eau) offre un COP supérieur et un fonctionnement plus stable en hiver, mais son coût d’installation est deux à trois fois plus élevé en raison du forage ou du captage horizontal.
Le chauffage bois : poêle à granulés et chaudière biomasse
Le bois énergie bénéficie d’un facteur d’émission très faible dans le calcul RE2020 (environ 30 g CO₂/kWh), car le carbone émis à la combustion est considéré comme compensé par la croissance des forêts. Le poêle à granulés est la solution bois la plus répandue en maison individuelle RE2020, souvent couplé à des panneaux solaires thermiques pour la production d’eau chaude sanitaire.
La chaudière à granulés convient aux surfaces plus importantes ou aux logements collectifs. Elle alimente un réseau hydraulique de la même manière qu’une chaudière gaz, ce qui simplifie le dimensionnement des réseaux de chauffage central selon le DTU 65.1. Sa contrainte principale est le stockage du combustible : il faut prévoir un silo ou un espace de stockage pour les granulés, accessible à un camion de livraison.
Les solutions hybrides et solaires
Certains projets RE2020 combinent une PAC air-eau avec un appoint par poêle à bûches ou à granulés. Cette configuration couvre les pics de froid où la PAC air-eau voit son COP chuter (températures extérieures inférieures à -7 °C). Le solaire thermique (CESI ou SSC) complète l’ensemble pour la production d’eau chaude sanitaire, réduisant encore le Cep et le Cep,nr.
Les panneaux photovoltaïques ne contribuent pas directement au chauffage, mais ils allègent le bilan Cep global en compensant une partie de la consommation électrique du bâtiment. En maison individuelle, une installation de 3 à 6 kWc en autoconsommation suffit généralement à absorber le surplus de consommation lié à la PAC.
Et en rénovation ?
En rénovation, le gaz reste légalement autorisé. Mais les signaux économiques et réglementaires convergent vers son abandon progressif : MaPrimeRénov’ ne subventionne plus les chaudières gaz depuis 2023, le prix du gaz a fortement augmenté depuis 2021, et le DPE pénalise les systèmes fossiles dans le calcul de la classe énergétique. Pour les propriétaires qui remplacent une chaudière gaz vieillissante, le passage à une pompe à chaleur ou un système bois est désormais le choix le plus rationnel sur le plan économique à moyen terme.
